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L'Interruption Volontaire de Grossesse, Que Dit Vraiment l'Islam ?



L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un avortement déclenché pour des raisons non médicales, rendu possible aux femmes grâce au mouvement féministe et à l’évolution dans la société du droit fait aux femmes de la libre disposition de leur corps, mais au détriment, affirment certains, du droit de naître de l'embryon.


Un droit à l’IVG malmené


Alors que l’IVG fait l’objet d’une mobilisation pour sa légalisation dans des pays qui l’interdisent, elle accuse une certaine régression dans de nombreux pays dans le monde, comme l’Espagne ou les Etats-Unis, qui la tenaient pourtant pour un acquis.


Notons qu’en France, la loi garantit l'effectivité et l'égal accès au droit à l'interruption volontaire de grossesse, ce droit étant d’ailleurs en phase d’être inscrit à la Constitution pour prévenir toute ‘’régression’’.


Dans d’autres Pays catholiques tels, à titre d’exemples, le Salvador, Malte, le Nicaragua et le Vatican, ou encore les Philippines, la pratique de l’avortement est totalement interdite, tout comme elle est rejetée par la très grande majorité des Églises chrétiennes.


Pour la religion juive, même si l’IVG est réprouvée, le fœtus n’étant formé qu'après quarante et un jours, l’avortement n’est pas sévèrement réprimé s’il s’agit de sauver la vie ou la santé de la femme menacée.


Les Pays Musulmans face à la question de l’IVG.


Hormis la Turquie et la Tunisie qui autorisent, sans le garantir, l'avortement volontaire sur demande de la mère avant respectivement 10 et 12 semaines de grossesse, une majorité de Pays musulmans restreint le droit à l’avortement pour les femmes, ne l’autorisant que dans certains cas et sous certaines conditions.


L’ensemble des autorités religieuses musulmanes considèrent que l’avortement interfère avec la volonté d’Allah (عَزَّ وجَلَّ) qui, seul, a droit de vie et de mort, même si les différents courants de l’islam n’ont pas tous le même point de vue sur la question.


L’Islam, pour qui la vie humaine est sacrée, considère en effet que la femme qui pratique une IVG sur un fœtus complètement formé commet un acte interdit, car selon la tradition religieuse, le souffle vital est effectif après 4 mois de grossesse, et tout avortement provoqué après ce délai est interdit.


Et ce, conformément à la parole du Prophète (QLSSL) rapportée par al-Boukhari (3208) : « Durant 40 jours l’un d’entre vous commence à se former dans le ventre de sa mère. Dans les 40 jours suivants, il devient quelque chose qui s’accroche. Dans les 40 jours suivants, il devient un embryon. Et puis Allah lui envoie un ange qui lui donne un ordre qui consiste en quatre mots : on lui dit : « écrits ses actions, sa subsistance, la durée de sa vie et son sort heureux ou malheureux. Et puis on lui insuffle une âme ».


Une lecture différente selon les écoles juridiques musulmanes.


Comme nous l’affirmions précédemment, une divergence de vues oppose les Oulémas à propos de l’avortement, qui rappelons-le n’est pas bien explicite dans le Coran.


Il faut savoir que quand la grossesse est à ses débuts, donc au cours des 40 premiers jours et que l’avortement comporte un intérêt légal ou écarte un préjudice, il est en principe permis de le faire.


Y recourir pendant cette période pour des raisons économiques n’est toutefois pas permis.


Avant la période de 120 jours de grossesse, le Hanafisme considère l’avortement comme non souhaitable plutôt que haram (interdit), étant donné que jusqu’alors le fœtus n’a pas d’âme.


Le Chafiisme autorise les IVG jusqu’à 40 jours de grossesse et les avis divergent au sein même de ce mouvement quant au stade de développement du fœtus.


Le Hanbalisme ne présente pas une opinion tranchée sur la question, certains chefs religieux autorisent l’avortement jusqu’au quatrième mois.


Le Malikisme considère le fœtus comme un être vivant en devenir et interdit totalement l’avortement après les 40 jours.


Enfin, le Chiisme prohibe totalement l’avortement quel que soit le délai de formation du fœtus, sauf si la grossesse peut constituer une menace pour la mère, ou si le fœtus souffre de déformations extrêmes rendant sa vie et celle des siens insupportable.


La Jurisprudence musulmane et l’IVG


Ici et là, de nouvelles mesures ont été introduites dans le corpus juridique de certains Pays musulmans, apportant une nouvelle approche plus contemporaine et équilibrée.


Ainsi, certains Pays ont assoupli les règles permettant de pratiquer l'avortement avant la période des 120 jours de grossesse sur la demande de ses père et mère, dans le cas où des médecins spécialistes ‘’de confiance’’ arrivent à prouver, en s'appuyant sur des examens techniques menés à l'aide d'appareils et instruments de laboratoire, que le fœtus est gravement malformé et qu'il n'est pas traitable et que s'il reste jusqu'à sa naissance normale sa vie sera difficile et douloureuse aussi bien pour lui-même que pour les siens.


Aujourd’hui, une majorité de Pays de tous continents et de toutes confessions, ont introduit le principe de protection de la santé physique ou mentale de la mère comme principe à retenir dans l’IVG.


Quelle repentance en cas d’avortement ?


Alors que la seule repentance permet, depuis peu, d’absoudre le péché d’avortement chez les catholiques, et une compensation financière vient sanctionner l’acte d’avortement chez les juifs, les musulmans ne sont tenus d'effectuer ni acte expiatoire ni payer le prix du sang, si le fœtus avorté est âgé de moins de quatre mois.


S'il est âgé de plus de quatre mois, les musulmans sont tenus d'effectuer un acte expiatoire et de payer le prix du sang pour le péché imputé.


Le prix du sang correspond à la valeur (monétaire) de cinq chameaux, quant à l'acte expiatoire, il consiste à affranchir un esclave ou de jeûner deux mois consécutifs, même si les avis divergent là encore.


Certains affirment qu'il s'agit d'une obligation dès lors que nous sommes face à un meurtre, alors que d'autres pensent que le jeûne n'est pas obligatoire, dès lors qu’aucun Hadith du Prophète Mohamed (QLSSSL) ne le mentionne.


Soulignons enfin que le péché concerne celui qui a ordonné l’avortement, et ne concerne donc pas toujours la mère !


Conclusion


Comme on le voit, la question de l’autorisation de l’IVG ou de son interdiction totale est loin de répondre aux attentes d’une société moderne, ici animée par des principes de liberté, alors qu’elle s’appuie sur des idées conservatrices autre part…


L’Islam est venu apporter une réponse que les Oulémas et les autorités religieuses ont minutieusement adapté à la science et au progrès des connaissances, prenant soin de ne pas ouvrir le champ à des abus.


Mais restreindre l’accès à l’avortement fait-il pour autant disparaître cette pratique ou devient-elle au contraire, clandestine et dangereuse causant la mort de dizaines de milliers de femmes de par le monde ?


Et comment prévenir les dérives de l’IVG dans des pays ou l’avortement est totalement légal, quand celle-ci est pratiquée pour le choix du sexe de l’enfant par élimination de fœtus féminins comme en Asie, ou lorsque l’IVG sert au trafic de fœtus dans le secteur cosmétique comme en Europe de l’Est ?


Que dit la religion musulmane sur l’avortement en cas de viols et d’inceste ? Ou quand la mère est mentalement déficiente


Quelques-unes des questions que nous poserons à des Imams, et que nous vous rapporterons dans une prochaine édition.

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